Le grand frisson

Ça fait quand même vachement peur, un amphi.

Avant d’y entrer en ce beau jour de la mi-septembre, on était confiant. Evidemment, puisqu’on l’avait d’ores et déjà apprécié du regard durant les portes ouvertes, il y a quelques mois. Mais là, avec le murmure des 600 étudiants qui grincent sur leurs chaises rouillées, l’atmosphère est radicalement différente. Et puis il n’était pas aussi grand, la dernière fois.

  

Ça fait quand même vachement peur, un doublant.

Ça juge d’un regard légèrement arrogant et amusé les primants qui grimpent avec difficulté les marches trop longues des allées de l’amphi. C’est plus ou moins confiant, plus ou moins préparé à l’année qui va suivre. Plus ou moins sérieux. Plus ou moins seul, aussi. Et plus ou moins à la place qui ne lui est pas attribuée. Bah, on s’arrange toujours.

Mais faut pas croire, dans le fond les doublants sont stressés.

  

Parce que ça fait quand même vachement peur, une deuxième Paces.

On essaie de ravaler ses a prioris, de repartir du bon pied en oubliant son échec de l’an dernier. Que ce soit à une place ou à 485 rangs près, ça reste un échec, qui est parfois difficile à admettre. On peut la jouer avec un visage amusé et fier devant les primants et ses consorts carrés, pourtant, on tâche de rester concentré. Il s’agit de ne rien louper, cette fois. Si on veut réussir, aucune erreur n’est acceptable. Difficile de croire qu’on a la force d’être le meilleur.

« Il y a vraiment trop de nouvelles têtes… »

On se rend compte avec un petit frisson que oui, ces primants d’un an plus jeunes sortant tout frétillants du bac ont déjà vu en terminale une part des cours. Notamment en chimie et en biologie, dont les connaissances pré-bac sont de plus en plus poussées, d’année en année. Désavantage.

  

Ça fait quand même vachement peur, une salle de concours.

Le terme propre serait un hall. Un grand hall, habituellement utilisé pour de grandes expositions pleines de lumière et de bruit. En décembre, il se remplit d’étudiants inquiets et apathiques, de fauves prêts à se jeter l’un sur l’autre pour une précieuse place au sein du précieux numerus clausus. C’est l’un des rares moments où la promo se retrouve dans sa totalité au même endroit, et où on prend pleinement conscience de la difficulté de la tâche.

« Si je prends seulement les étudiants de la zone A2, le numerus clausus est déjà plein. »

  

Ça fait quand même vachement peur, l’avenir.

Il est beaucoup trop incertain quand on passe une ou deux années au sein de la Paces. On craint ce futur qui est beaucoup trop flou pour qu’on puisse lui donner des caractéristiques précises, à l’inverse de cette folle année où on ne nous apprend que ça, à apprendre par coeur des chiffres qui n’ont pas de sens.

  

Ça fait quand même vachement peur, l’avenir.

Parce qu’il arrive un instant où il est beaucoup plus tracé. Seulement, ce n’est pas forcément dans la direction souhaitée. C’est mathématique, la majorité des candidats à une deuxième année d’études en santé ne franchira pas le concours de première année. C’est l’échec. Et quand on voit pour la deuxième année consécutive « Ajourné » à droite de son numéro étudiant, on a le coeur qui fait un hoquet.

« Mince. »

Mais faut pas croire, dans le fond les échecs ne sont pas une fin.

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