Le Bien, la Brute et…

« Est-ce que ça fait mal si j’appuie là ? »

En réponse à cette question, certains patients vous répondront oui, d’office, quand vous lui effleurerez la peau. Le fait est que la notion de douleur est joliment subjective et que c’est donc difficile d’en juger quand on est soignant.

 

Comme on l’a appris en cours de P1, on peut interpréter des signes de la douleur, comme une augmentation de la fréquence cardiaque ou respiratoire, un visage plus ou moins crispé… toutefois, la douleur elle-même reste imperceptible à notre savant doigté (para)médical.

D’autres préféreont répondre non. L’âge et la vieillesse les ont usés jusqu’à la moelle et ils seront trop fatigués pour réagir. Certains sont aussi conscients du fait que, quoi qu’il en soit, le geste sera accompli. Donc tant qu’à faire, « autant souffrir un coup et aller vite, ‘paraît que c’est pour mon bien, qu’y disent« .

 

Je ne sais pas tellement quelle foi placent encore les patients en la sacro-sainte médecine après des semaines, des mois et parfois des années passées sur un lit d’hôpital. Je ne suis pas sûr que les soignants y croient plus qu’eux. En service, lors des transmissions entre équipes, au moment de l’énonciation des différents traitements, j’ai parfois la sensation qu’on ne se préoccupe pas assez de l’avenir. On coche des cases par rapport à ce que les internes ont appris dans leurs bouquins. On s’occupe d’un symptôme après l’autre, oubliant un peu trop facilement que le but est de — à mon innocent et candide avis — guérir.

 

Avec le temps viennent l’habitude et parfois la fatigue, avec cet ensemble vient la mécanique des gestes éternellement répétés, puis la difficulté à changer et finalement… un peu de brutalité, parfois. Enfin ce n’est pas le mot juste, de brusquerie plutôt.

Pour se faciliter la tâche, finir plus rapidement sa journée, l’un sera un peu plus vif dans ses gestes. Parce que le caractère du patient ne lui revient pas, il sera moins cool avec.

J’ai peut-être tort d’abuser de ma patience et de me plier aux demandes des patients, mais ça me semble normal si ça peut faciliter leur séjour. Un peu de gentillesse n’a jamais tué personne.

 

Récemment on m’a adressé quelques remontrances, car -« mais Petite Mensualité, il n’y avait que des barquettes individuelles, c’était pas la peine de mettre les plats dans des assiettes ! »

-« Oui mais pour le bien du patient… »

-« Y’a pas de bien du patient ou quoi, ça rajoute de la vaisselle. »

Ah, la candeur des premiers jours.

 

Travailler en hôpital devrait être une expérience obligatoire, un peu comme la JAPD. Ça apprend l’humilité de se retrouver confronté à ce qu’on pourrait potentiellement devenir dans le cas où une veine claquerait au mauvais endroit.

Peut-être qu’on a hâte de rentrer chez soi, que le patient est désagréable, raide comme un manche à balai et incontinent. Mais, dans la relation de soin — de confort ou médical —, le soigné comme le soignant ont tout à gagner si on devient à son tour un peu plus… patient 🙂

 

Wait — M83